Comment sauver les vieux

les profs, les soignants, les élèves, les musées, cinémas, théâtres, hôtels… et autres combines en vrac contre la crise corona (Part II.)

Le principe général de vases clos et de vases communicants décrit dans un premier article pour les télétravailleurs et le secteur HORECA est applicable à d’autres situations. Il s’agit en effet de transférer une partie des effectifs d’un lieu sur-fréquenté vers un autre lieu sous-fréquenté (et donc au bord du gouffre économique), en maintenant des bulles traçables et à faible distance géographique. Les exemples suivants seraient plus complexes à appliquer, mais l’idée mérite d’être explorée (éventuellement pour des phases ultérieures de re-déconfinement) :

(A) l’école et le musée

les classes à plus faibles effectifs d’une école pourraient migrer avec leurs profs dans un musée proche (à prévoir : parents bénévoles motivés pour déménager un peu de mobilier scolaire, fonctionnement par demi-journée plutôt que par heure de cours). Cela libère des locaux et offre de l’espace pour dédoubler les classes les plus peuplées au sein-même de l’école. La densité d’hôtes du virus qui peuvent se croiser à un seul endroit est donc réduite, et la propagation en milieu scolaire est freinée (puis à long terme, ça peut laisser à la jeune génération la bonne habitude de fréquenter les musées). Les travailleurs des musées poursuivent une activité -certes réduite- d’assistance aux écoles, proposent éventuellement des ateliers thématiques annexes aux classes présentes etc. (bon, à nouveau, les écoles c’est plus compliqué que les bars), mais quitte à payer du chômage technique à tout le secteur, autant dépenser une rawette supplémentaire pour un meilleur impact à long terme.

(B) l’unif et le monde du spectacle

Dans le supérieur, les universités pourraient dédoubler leurs cours avec des retransmissions en visio-conférence dans des théâtres, ou des cinémas (ça ressemble vachement à des auditoires, nan ?), facilitant ainsi le respect de la distanciation entre étudiants et le maintien d’une vie sociale. Répétons-le : il faut évidemment que les mêmes groupes fréquentent continuellement les mêmes lieux (il ne s’agit pas d’aller un jour en auditoire sur le campus, puis préférer la visioconférence au théâtre le lendemain).

En poussant la logique un peu plus loin, pourquoi ne pas prolonger le cours de microbiologie de l’après-midi par une projection de film d’auteur belge (#restart #culture) en soirée ? On garde son masque, on garde ses distances, on garde sa place, on garde le même groupe. Vous aurez compris l’astuce, cette fois c’est la scène et le grand écran qui se dédoublent et s’invitent à l’université (un auditoire, ça ressemble vachement à une salle de spectacle, nan ?)

(C) Les maisons de repos et les hôtels

Les maisons de repos pourraient transférer une partie de leurs pensionnaires les plus autonomes dans des hôtels, en y détachant un peu de personnel (en postulant que les plus valides ont besoin de moins d’assistance). L’essentiel des effectifs serait maintenu pour le soin aux personnes les moins valides. La plus faible densité au sein du public particulièrement vulnérable des maisons de repos ralentit la propagation du virus (et donc la charge de travail et le risque de contamination pour le personnel). Cela permet aussi de libérer et d’aménager plus facilement des espaces sécurisés pour des visites par les proches, contribuant ainsi au bien-être des seniors.

Les pouvoirs publics subsidient préventivement des lits d’hôtel (soutenant par la même occasion ce secteur agonisant), afin d’éviter en aval une saturation des lits en soins intensifs (j’ai pas les chiffres, mais j’imagine qu’un lit d’hôpital coûte plus cher à l’Etat qu’une chambre d’hôtel qu’il faut de toute façon soutenir économiquement pour éviter la faillite).

Généralisons


Ce que dessinent ces mesures, au fond, c’est non seulement une redistribution spatiale des individus, mais aussi un partage équitable du travail: permettre au personnel des musées d’aider un prof (voire donner quelques cours ?), faire participer le secteur hôtelier à l’accueil des personnes âgées, ouvrir les salles de spectacle pour enrayer le décrochage parmi les étudiants, payer un gérant de café pour organiser un espace convivial et safe qui offre des services alimentaires,… Tout cela permettrait de rééquilibrer un peu la balance entre des services essentiels dont le personnel est en burn-out généralisé, et des travailleurs dépressifs qui se sentent injustement marginalisés. Bien sûr, il y a des compétences à acquérir, il y aura des couacs, des cas de contamination collective…

Mais n’est-ce pas un contrat social beaucoup plus acceptable à long terme par la population ? La santé mentale de la population s’est très fortement dégradée, et les apéros virtuels ne suffiront pas à passer l’hiver. Les mesures coercitives sont injustes et font payer le résultat d’une gestion de crise chaotique à des catégories de personnes déjà précarisées.

Si ces réflexions vous paraissent utiles à l’intérêt général, n’hésitez pas à les diffuser et à soutenir l’auteur via tipeee, même pour un euro symbolique. Le prochain article portera sur le secteur touristique, qui a également beaucoup souffert.

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Author: Mr Tsu SJPMP.org 2020

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