Comment sauver le tourisme

mais aussi la paysannerie, le terroir, les écosystèmes… et autres combines en vrac contre la crise corona (part III)

Les cueilleurs d’asperges roumains : alors que les frontières se fermaient les unes après les autres dans un crescendo médiatique anxiogène et que la Côte d’Azur refoulait un jet privé couvert d’opprobre populaire, les petites mains du secteur horticole étaient dépêchées tous frais payés dans des vols internationaux affrétés spécialement par les syndicats agricoles allemands. A l’heure du déconfinement, ce sont à nouveau les cueilleurs des Balkans qui ont été les premiers à reprendre les airs. (Note: article initialement rédigé en avril 2020)

Serait-ce là un indicateur de l’avenir qui se dessine pour l’industrie touristique ?

L’urgence sanitaire immédiate a largement occulté l’annonce par les Nations Unies (FAO, PAM) d’une crise alimentaire prochaine qui sera exacerbée par les réquisitions des stocks de certains pays producteurs au profit de leurs marchés intérieurs, mais aussi par la difficulté de circulation de la main d’œuvre saisonnière. Le secteur touristique peut apporter des solutions à ce dernier problème.

Leur expertise, celle d’organiser les déplacements et les séjours collectifs en sécurité, peut -et doit- être mise au service du Green Deal européen. Ils vendent du dépaysement, de la découverte, des moments de partage et de la détente. Ils vendent aussi une certaine idée de ce qu’est le luxe, notion qu’une grande partie de la population a relativisée suite au confinement et restrictions de voyage. Ce secteur d’activités, souvent associé aux émissions de carbone faramineuses des déplacements aériens, peut devenir un maillon essentiel de la lutte contre le changement climatique.

Comment ?

Rappelons d’abord que le climat va migrer dans les prochaines décennies, plus ou moins rapidement selon les modèles, mais voici une visualisation qui est appréhendable par tout un chacun : http://koeppen-geiger.vu-wien.ac.at/shifts.htm

Les milieux huppés commentent sur le ton de la confidence mondaine les acquisitions de terres anglaises, voire écossaises, par les domaines viticoles de Champagne. Peu à peu, l’opinion publique réalise qu’il ne faudra pas faire migrer que des caves à vin, mais des agro-écosystèmes entiers. Concrètement, il faudra après des sécheresses, des feux de forêts, des proliférations de parasites, des inondations mais aussi de manière préventive, (re)planter collectivement des milliers de kilomètres carrés pour préserver un environnement habitable. En effet, le rythme accéléré auquel le climat change est trop rapide par rapport à la vitesse d’adaptation de la plupart des espèces et des biotopes : pour son propre salut, l’humanité va devoir organiser cette translation pharaonique (bref, plantez déjà un figuier au jardin).

Une industrie touristique pensée en fonction de ces objectifs mériterait pleinement le soutien des états et sa part du paquet de relance économique du Green Deal: Il s’agit de renforcer dès à présent le degré de compétence de toutes les catégories de population en agriculture et en compréhension des cycles écosystémiques.

Une forme d’agri-tourisme conciliant les besoins du secteur agricole et les impératifs sanitaires, peut aussi devenir un levier essentiel à la réalisation de ces objectifs. Puisqu’il s’agit essentiellement de contingenter la population et de tracer ses contacts en cas de contamination, la mission des professionnels du tourisme vis-à-vis du voyageur et du territoire d’accueil serait d’assurer

  • L’absence a priori de personne contaminée dans un groupe de voyageurs-saisonniers (testing, isolement volontaire avant et après le départ, déclarations sur l’honneur, cautions etc.)
  • L’isolement ou la pratique stricte de la distanciation sociale du contingent étranger vis-à-vis de la population locale, au moins durant les 14 premiers jours après l’arrivée
  • Un rapatriement et un suivi adéquat en cas d’infection survenant malgré tout
  • Un équilibre entre les conditions de séjour (qualité de l’hébergement et des repas, durée du travail quotidien, animations en temps libre), le travail fourni à l’exploitant agricole d’accueil, et la contribution financière et/ou la rémunération du vacancier-travailleur.

Je suis convaincu de la capacité des voyagistes à marketer « la première cueillette de melons en famille (option pétanque l’après-midi) » avec autant de magie que les campagnes pour les all-in de rêve (mais esclavagistes) aux Maldives.

Les retombées sociétales bénéfiques seront multiples :

  • Stimulation économique des zones rurales, soutien aux producteurs
  • Apprentissages transversaux pour les jeunes vacanciers, compensant partiellement l’interruption scolaire (et l’absence de classes vertes ou d’échanges linguistiques) en 2020.
  • Encouragement de vocations dans un secteur agricole grisonnant, qui peine à trouver sa relève.
  • Vacances abordables, voire génératrices de revenus pour des ménages en difficulté suite au ralentissement économique.
  • Bien-être, confiance en soi, sentiment d’utilité pour de nombreuses personnes fragilisées par le confinement.

Un mécanisme similaire peut d’ailleurs être appliqué à une forme d’éco-tourisme tendant vers le service civique: accès à la plage l’après-midi, pour celles et ceux qui la nettoient le matin ou bien randonnée bucolique autorisée pour le groupe de bénévoles collectant les détritus sous la supervision du garde forestier.

Il s’agirait en somme de décliner le principe des chantiers citoyens et familiaux organisés depuis des décennies par des organisations telles que les Compagnons Bâtisseurs, JAVVA, le Service Civique International et d’autres, mais uniquement pour des destinations proches, intra-européennes. Le gouvernement pourrait stimuler ce type de séjour par des « chèque-vacances vertes » d’un montant inversément proportionnels à la catégorie de revenu du ménage.

L’autorisation de déplacement à l’étranger du « voyageur » (et sa famille éventuelle) étant liée à l’exécution de son contrat de travail saisonnier, cela permet des formes de sanctions en cas de non-respect du règlement de travail (en particulier les règles d’hygiène et la distanciation vis-à-vis des résidents locaux). Toutes les gammes d’hébergements pourraient être proposés (y compris du 5 étoiles, pourquoi pas ?), pourvu que ceux-ci répondent à un critère d’isolement géographique qui empêcherait de facto les escapades et les contacts incontrôlés avec la population locale. Une certaine liberté de circulation dans un rayon proche pourrait cependant être permise au bout de 14 jours, avant de revenir au bercail les valises remplies de produits du terroir. Sur les étagères, le pinard vendangé soi-même remplacera alors la triste bouteille du duty-free.

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Author: Mr. Tsu SJPMP.org 2020

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